Introduction

Texte et photos : Jacques Le Doaré

Les plécoptères sont un ordre d’insectes, très ancien, connu depuis le Permien.

Les anglo-saxons les désignent sous l’appellation Stoneflies car ils sont, le plus souvent, observés, posés, les ailes à plat, sur les pierres en bordure des rivières.

Les plécoptères sont des insectes hémimétaboles dont les larves sont toutes strictement aquatiques. Ils sont avant tout inféodés aux eaux fraîches et courantes. En effet leurs besoins en oxygène dissous sont élevés car la plupart des espèces n’ont aucun dispositif particulier pour le prélever : l’absorption d’O2 se faisant directement au travers de l’exosquelette tégumentaire. Chez quelques espèces on trouve des branchies sur le thorax (branchies coxales), à la base du cou (trachéobranchies) et à l’extrémité de l’abdomen (branchies anales).

Dinocras megacephala (larve)

Les légendes apparaitront en positionnant la flèche
sur les  photographies

Dinocras cephalotes (larve)

La majorité des espèces sont monovoltine avec un cycle vital d’un an ou moins. Quelques espèces, essentiellement dans la famille des Perlidae, possèdent un développement semivoltin : il demande deux ans ou plus pour être complet.

La majorité des espèces se nourrissent de débris organiques fins (espèces broyeuses) et d’algues (espèces racleuses de substrat). Quelques espèces, notamment des genres Perlodes, Dinocras, sont de redoutables prédateurs de larves d’éphémères ou d’autres invertébrés aquatiques qu‘elles capturent grâce à leurs puissantes mandibules.

Au moment de l’émergence, la larve grimpe sur un support, tige de plante, rochers, s’y fixe et  effectue sa mue imaginale à la manière des libellules. La grande majorité des émergences semble avoir lieu de nuit. On peut trouver, parfois, en grand nombre, des exuvies surtout pour les Perlidae et Perlodidae, notamment au niveau des piles de pont..

Après l’émergence, les adultes volent ou, dans le cas de certains mâles aux ailes réduites (brachypterie), rampent pour gagner l’abri de la ripisylve. Ce phénomène de brachypterie concerne les deux espèces de grande Perles les plus communes de France, Dinocras cephalotes et Perlodes microcephalus, ainsi que Taeniopteryx nebulosa.

 Dinocras cephalotes femelle macroptère

 Taniopterix nebulosa mâle brachyptère

Taeniopteryx nebulosa femelle macroptère 

Les plécoptères ne sont pas des insectes très actifs et l’on aperçoit, généralement, que les femelles venant pondre sur la rivière. Chez certaines espèces, les femelles peuvent vivre 4 à 5 semaines, le temps que leur œufs maturent, mais pour la plupart, la survie ne dure que quelques jours.

Au bord de l’eau, on reconnaît les plécoptères surtout à leur vol en hélicoptère. La couleur jaune des Isoperla et des Chloroperlidae permet également à l’observateur attentif de les distinguer des autres insectes.

Isoperla grammatica

 Isoperla grammatica

 Habitats larvaires

Comme chez de nombreux groupes d’invertébrés aquatiques, il existe une zonation amont-aval des populations de plécoptères. La présence-absence d’une espèce se fait par un ajustement aux facteurs morphodynamiques et à la température qui contrôle pour une part prépondérante la teneur en O2 dissous dans l’eau.

Les larves sont inféodées à un ou plusieurs types de microhabitats qui sont définis par un ensemble de paramètres morphodynamiques : pente, courant, profondeur du lit, granulométrie du substrat, végétation aquatique, type de débris végétaux.

dépôt de feuilles et de branches en bordure d'un courant de la rivière Elorn, habitat des larves de Nemoura avicularis.

ruisseau  bois du Cranou - 29

Rhitrhal : habitat caractéristique - rivière Odet - 29

La Douffine - 29

Zonation amont-aval

Le zonations amont-aval définies par Huet (1949) et Illies et Botosaneanu (1963) définissent trois grandes zones : crénal, rhithral et potamal, elles-mêmes subdivisées.

Dans le crénal, on peut trouver de nombreux plécoptères mais la diversité y est généralement faible. En région de plaine, ce type d’habitats se rencontre notamment dans les grands massifs  forestiers. Les zones tourbeuses acides (tourbières ou bas-marais), même de superficie modeste, peuvent abriter de belles populations de plécoptères. En plaine, les espèces les plus fréquentes sont : Nemoura cinerea, Leuctra nigra, Nemurella pictetii, Capnia bifrons. Même dans les ruisselets s’asséchant complètement en été on peut trouver de nombreux plécoptères.

ruisseau en forêt de Perseigne - 72

Leuctra nigra

capnia bifrons

La Dordogne - 63

Dans le rhithral, les plécoptères sont nombreux et très diversifiés. C’est dans les rivières de moyenne montagne que l’on trouve le plus d’espèces. Berthélémy (1966) cite 31 espèces dans l’Orle (bassin du Lez) à 860 m d’altitude. Toutes les familles sont représentées et celles des Nemouridae et Leuctridae y sont particulièrement diversifiées.

La Couze Pavin - 63

Brachyptera seticornis

Dans le potamal (grand cours d’eau de plaine) vivent quelques espèces dites fluviatiles appartenant surtout aux familles des Taeniopterygidae, des Chloroperlidae, des Perlidae et Perlodidae. 

  La Loire   

Xanthoperla apicalis

Les Taeniopterygidae sont des espèces surtout hivernales avec des émergences dès le mois de janvier. Les Perlidae et Perlodidae sont des espèces plutôt printanières.

Brachyptera risi de l'Allier

Perla abdominalis

Taeniopteryx schoenemundi larve

 

La prospection des grands cours d’eaux

Dans les grands cours d’eau, les captures des larves sont plus difficiles à cause de la profondeur de l’eau, et celles des adultes à cause des multiples cachettes.

Pour la capture d’espèces hivernales, il convient de choisir les journées ensoleillées et le moment le plus chaud de la journée ; prospecter en priorité les parapets des ponts et les touffes de phalaris et de jeunes saules, situés à l’abri du vent en bordure du courant.

Pour les larves on peut rechercher en priorité dans les zones où le courant vient buter (coude de rivières), si possible dans les endroits peu profonds. Rechercher également systématiquement le bois mort trempant dans l’eau en bordure des courants ou coincé dans les chutes.

L'Allier à Issoire - 63

L'Allier à Issoire : les bordures de courant à substrat grossier et débris végétaux sont les habitats les plus riches.

Isogenus nebeculum (exuvie)

 

 

 

 

Le filet pour les adultes et une simple passoire pour les larves,
avec de la motivation et un sens de l'observation...

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